jeudi 19 octobre 2017

Fight Club 2 [FOLIO]

Couverture de David Mack
.... Sortie pour le moins étonnante ces jours-ci.

En effet la bande dessinée Fight Club 2 de Chuck Palahniuk & Cameron Stewart publiée dans l'Hexagone par les éditions SUPER 8 l'année dernière, vient de connaître une édition « poche » chez Folio. Traduction de Héloïse Esquié.
Je n'avais pas vu de BD publiées dans ce format depuis la tentative que J'ai Lu avait faite il y a déjà pas mal d'années. Et dont je ne garde pas un excellent souvenir. Là pour le coup c'est très réussi, et les planche de Cameron Stewart (colorisées par Dave Stewart) fonctionnent très bien. 

Il faut dire que l'ouvrage a été plutôt bien pensé en octroyant à chaque page un fond perdu suffisant pour que les planches ne soient pas emprisonnées, en partie, dans la reliure.  

Son format - 145 X 190 cm - et son prix : 8,80 € (25 euros pour la version grand format précédente), achèvent de faire de ce recueil un bel objet, et à un prix imbattable.

Une bien belle idée !

Mockingbird : I Can Explain (***)

Les couvertures de Joëlle Jones à la composition très évocatrice
…. Je suis toujours très curieux de lire de nouveaux scénaristes, même lorsqu’ils apparaissent dans le milieu très formaté & très trop prolixe des deux plus gros éditeurs de la bande dessinée américaine. 

J’attends bien entendu qu’ils y apportent leur propre regard, tout en sachant que les personnages et l’univers dont ils devront s’occuper sont extrêmement contrôlés par les editors. Quand on ne leur demande pas d’être les scribes d’idées qui ne sont pas les leurs, au rythme des crossovers et autres events saisonniers qui ponctuent la sortie (le plus souvent) mensuelle des fascicules (comic books). 

Car travailler pour l’éditeur étasunien Marvel, comme le fit Chelsea Cain, est avant tout un travail de commande (work for hire) ; quand bien même est-on comme elle, une romancière reconnue. 
"I love Stanislas Lem" déclaration d'amour de la dessinatrice Kate Niemczyk à l'auteur de S-F polonais ?
Or donc Chelsea Cain, s’est vu confier, à sa demande via le scénariste Brian Michael Bendis l’un de ses amis et pilier de la Maison des Idées, l’écriture d’un second violon de l’écurie de ladite maison : Mockingbird
D’abord dans un numéro anniversaire [Pour en savoir +] puis, sur une série dite régulière, à durée indéterminée (ongoing). 

Une nouvelle scénariste plus une héroïne de second plan, le tandem pouvait faire des étincelles. 
Sean Parsons apporte un plus au déjà très bon travaille de Kate Niemczyk
…. Chelsea Cain met immédiatement les petits plats dans les grands, en proposant dès le premier numéro un récit en cinq parties pour le moins inédit & déroutant, puisque cet arc aura – dit-elle dans la postface du 1er numéro – la forme d’une « puzzle box ». Autrement dit, il sera possible d’assembler les 5 premiers numéros de plusieurs manières, et ces combinaisons donneront la possibilité de relire cet arc à chaque fois de manière inédite.

Elle instille également un ton bien à elle, qui distinguera la série de ses consœurs. Un mélange d’humour distancié, de jeu du chat et de la souris entre les personnages, mais aussi avec le lecteur. Une sorte de « faire semblant » dont personne - ni les protagonistes, ni les lecteurs, ni les auteurs - ne sont totalement dupes. Et surtout, elle adopte un point de vue qui est celle de son héroïne ; c’est-à-dire que ce que nous montre la série est ce qu’elle voit, mais pas forcément la réalité. Chelsea Cain précise même que Bobbi (alias Mockingbird) n’est pas, pas plus qu’elle-même d’ailleurs, un témoin fiable de ce qu’elle vit. 

Ainsi dans tel épisode si Hunter, un personnage qui deviendra récurrent dans la série, était celui qui raconte, Bobbi serait-elle torse nu (topless), alors que dans l’épisode en question c’est lui qu’il l’est, car c’est un épisode raconté par Bobbi. CQFD !

Cette option totalement subjective sera expliquée à plusieurs reprises dans le « courrier des lecteurs » par la scénariste, lequel fait tout autant partie de l’histoire que les 22 planches qui le précédent.
Ibrahim Mustafa, un dessinateur dont j'aurais plaisir à revoir le travail
…. Ces cinq épisodes, auquel on peut ajouter le numéro spécial (voir supra), sont très stimulants, et forment une comédie enlevée où il n’est pas interdit de réfléchir.

Dessinés par Kate Niemczyk, dont le dessin est un peu moins dynamique que celui de Joëlle Jones (qui s’occupe dorénavant des couvertures), la série est très agréable à lire. L’arrivée de Sean Parsons à l’encrage sur le 4ème numéro lui donne d’ailleurs le supplément de dynamisme qui lui manquait (à l’aune de ma sensibilité). Ibrahim Mustafa s’empare de la planche à dessin pour le dernier numéro du premier arc, et son style plus détaillé s’intègre pourtant parfaitement à l'ensemble, grâce à la colorisation de Rachelle Rosenberg. 
Le design des pages de crédits et de résumé est partie prenante de l'histoire
…. En définitive Chelsea Cain passe haut la main son examen d’entrée, et laisse espérer qu’elle restera quelque temps sur la série (ce qui ne sera pas vraiment le cas). Kate Niemczyk, Sean Parsons, Ibrahim Mustafa, Rachelle Rosenberg et Joëlle Jones font toutes & tous montre d’un talent et d’un enthousiasme communicatif, qui n’est pas pour rien dans le résultat final. 

La scénariste a imaginé une histoire autour d’un dispositif ambitieux, où la relecture en est la pierre d’angle, et après l’avoir moi-même testé je peux dire que ça fonctionne très très bien. 

Mon verdict : I can explain, titre donné au recueil des 5 premiers numéros + le numéro spécial 50ème anniversaire par l’éditeur, est un arc trois étoiles.


(À suivre ....)

mardi 17 octobre 2017

Pourquoi moi [Chelsea Cain]

.... Traduit par Perrine Chambon (titulaire d'un Master dans la discipline), le roman de Chelsea Cain, auteure dont j'ai fait la connaissance via la série Mockingbird [Pour en savoir +], envoie du bois ; grâce à un prologue d'une puissance étonnante. La romancière a réussi à me captiver immédiatement, tout en attisant une sensation de malaise au fur et à mesure que je comprenais la situation dans laquelle étaient plongés les personnages.

Ces quelques pages ont été une telle claque, que les (rares) erreurs liées à la balistique, notamment une phrase au sujet du poids d'une arme pour le moins incongrue, ne sont pas parvenues à entamer mon enthousiasme.

Si le reste du roman apparaîtra plus conventionnel aux aficionados de thrillers, l'élan donné dès le prologue lui ne désarmera pas, tout comme le sentiment de malaise. 
Reste un choix de background pour son héroïne sacrément osé, mais dont le traitement donne une idée du savoir-faire de la romancière. Un sacré pari, qu'elle gagne haut la main.

.... Après avoir lu et (surtout) beaucoup apprécié Pourquoi moi, il va sans dire que Chelsea Cain est désormais sur ma liste des auteur.e.s à suivre. D'autant que ce que j'ai déjà lu des numéros de la série de comic books Mockingbird sur laquelle elle a travaillée, m'incline à penser le plus grand bien de cette dame. 

Tout comme Chuck Palahniuk, qui fait partie de ses amis, et a fait l'éloge de son roman : Au cœur du mal, que je risque de lire bientôt.

lundi 16 octobre 2017

Mockingbird [C. Cain/J. Jones/R. Rosenberg]

.... Si on en croit Chelsea Cain, romancière nouvelle venue dans le monde de la BD américaine, celle-ci voulait donner à son histoire, écrite à l'occasion des 50 ans du S.H.I.E.L.D., une ambiance très seventies.  
Mission réussie ! 

Joëlle Jones & Rachelle Rosenberg, respectivement au dessin et aux couleurs, livrent un travail en tout point admirable, et réussissent le pari d'évoquer le meilleur des années 70.  
Toutefois, tout aussi agréable que soit ce choix, l’intérêt de cette courte aventure est ailleurs.

D'abord dans la personnalité de son héroïne, Bobbi Morse alias Mockingbird, et surtout dans la manière qu'a Chelsea Cain de nous la présenter : avec un humour distancié (qui par ailleurs laisse son empreinte sur la totalité de l'histoire) et sur un ton mezza voce.
Pour autant il n'y a pas d'erreur Bobbi Morse est bien le personnage qui mène la danse. Et le travail de ses deux collaboratrices au dessin est un plus qui fait la différence, en ce qu'elles lui donnent une classe folle. 

.... Si le scénario est tout ce qu'il y a de linéaire et de simple (quoique sa simplicité puisse aussi surprendre), le forme qu'il prend lui confère une fraîcheur et un allant qui font plaisir à lire. 
En finalement peu de pages, Chelsea Cain donne envie de la voir s'exprimer plus longuement sur ce personnage dont on devine le potentiel entre de bonnes mains.

Marvel ne s'y trompera pas, puisque l'éditeur U.S donnera au personnage en question et à Chelsea Cain, une série régulière.

Qui ne sera pas du goût de tout le monde.
50 Years of S.H.I.E.L.D. Mockingbird #1 (2015)
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(À suivre .....)       

dimanche 15 octobre 2017

Le Prince des ténèbres [Jour J 29+30]

.... Jean-Pierre Pécau a fait depuis déjà pas mal de temps (et pour mon plus grand plaisir) de l'Histoire son fond de commerce. Ici, associé à Fred Blanchard et Fred Duval, deux chevilles ouvrières du label Série B - de l'éditeur Delcourt - que le talent et le savoir-faire n'ont pas plus épargné, il nous propose un triptyque autour du 11-Septembre, dans le cadre de l'excellente série Jour J (publiée chez ledit éditeur). 15 euros et 50 centimes pièce.
S'appuyant ici sur le destin singulier d'un agent du FBI, John PO'Neill (1952-2001), le trio en charge du scénario livre un récit qui ne m'a pas lâché. 

Si bien évidemment Le Prince des ténèbres est lu en regard des événements qui ont eu lieu en ce jour de septembre 2001, il vaut aussi (et pour moi surtout) grâce à la manière dont tout cela se noue. Ainsi le rôle qu'octroient les scénaristes à Barrack Obama m'a-t-il particulièrement plu, ou encore la scène - que je crois que tout le monde connaît - de George W. Bush en visite dans une école de Floride

En définitive Le Prince des ténèbres, du moins les deux premiers tomes que j'ai pu lire est un formidable thriller d'espionnage. Peut-être pour l'instant la meilleure histoire que j'ai lu dans le cadre de la collection Jour J.
Au dessin, le stakhanoviste du 9ème Art hexagonal, j'ai nommé l'immense Igor Kordey, semble avoir fait sienne la « perspective narrative » chère à Windsor McCay, où la manière de cadrer exprime une émotion que le lecteur est capable de ressentir sans que le texte y pourvoit. Et le résultat ne souffre d'aucun déchet. Jérôme Maffre aux couleurs ne ménage pas plus sa peine, et c'est sans fausse note qu'il colorise lesdites cases.
.... Commencée sur les chapeaux de roues, cette uchronie n'a donc plus le droit à l'erreur pour son ultime tome, prévu fin novembre de cette année. Car comme chacun sait, plus on s'élève, plus dure est la chute !


(À suivre ....)

dimanche 8 octobre 2017

Marshal Bass : Meurtres en famille

.... Ce deuxième tome des aventures du marshal Bass, basées sur un personnage historique connu, a comme une forme de slapstick comportementaliste.

Une sorte d'épure qui évite la psychologie : les personnages sont d'abord, surtout et essentiellement des « actes » ; et le scénario est une succession de gags burlesques & violents, comme le cinéma américain en a produit du début du siècle précédent à son presque mitan.

Si j'ai plus apprécié ces « Meurtres en famille » que le précédent intitulé « Black & White » [Pour en savoir +], j'attendais tout autre chose d'un tel matériau de base conjugué par l'imaginaire de Darko Macan.

Kordey, malgré son rendement est au sommet de son art.
 Ce type de récit (dit comportementaliste donc), qui ne s'encombre pas de développer la psychologie de ses personnages au travers de « bulles de pensées » et de récitatifs introspectifs, nécessite un dessin qui fait la part belle au langage corporel ainsi qu'aux expressions des visages. Ce en quoi excelle Igor Kordey.  
Il est aussi à l'aise dans la mise en récit (l'importance du rythme est la pierre angulaire du burlesque slapstick), le cadrage (l'importance du hors-champ sur l'imagination du lecteur n'est plus à prouver), et est un maître lorsqu'il s'agit de dessiner des quasimodos héroïques et/ou pathétiques. Chez l'artiste croate la beauté est rare, et souvent éphémère.
Sauf lorsqu'il s'agit de ses propres planches, ici colorisées avec talent par le nouveau venu Nikola Vitković.

.... En définitive si je n'attendais pas Darko Macan sur ce terrain, il inverse progressivement le léger désappointement que j'ai eu en lisant le premier album de cette série, d'autant que sa collaboration avec Igor Kordey fait des étincelles sur le versant artistique de l'entreprise. 

En outre cet album fait preuve de tant de mauvais goût & d'humour noir, qu'il en devient presque une pièce de collection à lui tout seul !
Pour être le plus complet possible, je précise que la traduction et le lettrage sont toujours l'oeuvre de Fanny Thuillier, comme sur le précédent album de la série 


(À suivre ....

samedi 7 octobre 2017

Cyborg [Rebirth] John Semper Jr. & Co.

Detroit, ville emblématique à plus d'un titre pour Cyborg
…. Sentiment singulier que celui qui me reste au moment d’écrire sur l’une des séries – nouvellement lancées & en cours de publication – de l’éditeur étasunien de bande dessinée, DC Comics

Alors que Cyborg, le personnage éponyme de ladite série, est un artefact de l’avenir, un objet de science-fiction. Alors que son scénariste, John Semper Jr., insiste sur la question du futur, en utilisant notamment le concept de « singularité ». Alors que cette série est labellisée d’un Rebirth pour le moins programmatique, les 17 numéros (plus le one-shot Rebirth) que je viens de lire (et jusqu’alors parus) ont des reflets persistants de l’Âge de bronze ; une impression de « monde enregistré » pour quiconque a déjà lu des comic books publiés dans l’intervalle du milieu des années 1970 au mitan des années 80. 

Une sorte de futur antérieur dans son mode d’écriture : de longs récitatifs où le héros expose ses états d’âme, et où sont décrites des situations pourtant graphiquement explicites ; avec des personnages très improbables (le « roi des rats ») ; des situations que plus personne n’oserait utiliser (le bidouillage d’une Game Boy™), etc.
Certains détails, comme dans cette case, montre, rétrospectivement, que le scénario était très finement préparé
La liste est trop longue, et surtout elle gâcherait le plaisir qu’un nouveau lecteur pourrait trouver en décidant de lire cette série après m’avoir lu. 

Car oui, nonobstant ce que j'en dis, l’écriture de John Semper Jr. est pensée pour être la plus attractive possible. 

…. Et le résultat est sans équivoque. Jamais il ne m'est venu à l’idée d’abandonner la série. Bien au contraire, au fur et à mesure l’envie de continuer de lire les aventures de Cyborg alias Vic Stone (ou l’inverse ?) devenait de plus en plus aiguë.
Intérêt dont je lui sais gré, puisque le 16ème numéro, par une révélation inattendue transformera cette très sympathique série, en un run ma foi très original (tout en utilisant brillamment l’un des héritages de Jack Kirby), relativement à ce j’ai pu lire des comics estampillés Rebirth jusqu’à maintenant. 

En effet, il faut savoir que les dix-sept numéros ( + le one-shot) parus au moment où j’écris ce billet, ne forment qu’une longue & palpitante histoire. 

Alors, même s’il apparaît que l’on arrive au bout de cette belle aventure, devoir ronger mon frein en attendant le(s) prochain(s) numéro(s) est une situation dont je me serais bien passé.
…. Si du côté du scénario, le nouveau venu John Semper Jr. est une belle révélation, du côté de la planche à dessin c’est du très solide aussi. Ce qu’une périodicité bimensuelle (une spécificité de certains titres « Rebirth ») n’induisait pas forcément. Toutefois aux alentours du neuvième numéro la série devient mensuelle. 

Or donc, si Paul Pelletier assure (avec l’aide d’encreurs et de coloristes compétents) sur les premiers numéros, Allan Jefferson et dans une moindre mesure, Timothy Green II aussi (lors de brefs passages), mon équipe artistique favorite est celle composée de Will Conrad & Ivan Nunes aux couleurs. 
Si Conrad est un dessinateur dont le storytelling me parle, et dont le sens du détail et la minutie sont tout à fait à mon goût ; c’est la colorisation d’Ivan Nunes, dont son travail sur les textures qui d’une part me ravit, mais qui surtout embellit les planches de son dessinateur, sans les écraser, qui fait la différence.
Tout en donnant un supplément d’immersion au(x) scénario(s) de Semper Jr.
…. Série trépidante, ludique dans son utilisation de situations de « déjà-vu » et de fantômes sémiotiques, distrayante, et dont l’originalité (dans un retournement de situation imprévisible), exerce une incidence rétroactive rafraîchissante (sans oublier l’écriture de John Semper Jr, aux inflexions seventies, qui tranche sur ce qui se fait majoritairement aujourd’hui) ; tout cela fait de Cyborg la meilleure série le meilleur run que j’ai pu lire ces derniers temps et dans ce domaine. 

Des comme ça, j'en redemande !