vendredi 30 septembre 2016

jeudi 29 septembre 2016

The Paybacks / Dark Horse

…. Le romancier et scénariste de BD (mais pas seulement) Alfred Bester raconte une bien belle histoire au sujet de George Horace Lorrimer, le redoutable rédacteur en chef du Saturday Evening Post.
Il a fait quelque chose de très audacieux en son temps dit-il, en publiant un roman en deux parties dont la première s’achevait au moment où une jeune femme emmenait un jeune homme chez elle à minuit pour un petit casse-croûte.
La seconde livraison s’ouvrait sur nos jeunes gens en train de prendre leur petit déjeuner ensemble dans l’appartement de la fille le matin suivant.

Des milliers de lettres indignées affluèrent au journal, et Horace Lorrimer fit imprimer une réponse ainsi libellée : « Le Saturday Evening Post n’est pas responsable de la conduite de ses personnages entre les épisodes publiés. » Ce qui fait dire à Bester que sans doute, nos héros de bandes dessinés menaient-ils des vies normales entre deux épisodes.
Batman se saoule la gueule et traque la femelle ; et Robin met le feu à la bibliothèque de son école pour protester contre une chose ou une autre.

C’est d’une certaine manière, cette perspective qu’envisagent les scénaristes Donny Cates & Eliot Rahal avec leur mini-série publiée par Dark Horse : The Paybacks.


Vous avez voulu devenir un super-héros mais vous ne pouviez acheter votre cape et votre masque ? Eh bien vous pouvez faire un prêt et acheter tous les gadgets que votre lutte contre le crime nécessite. Mais que faire lorsqu’il s’agit de rembourser votre « super-prêt » et que vous n’avez pas l’ombre d’un kopeck d’avance ? N’ayez pas peur notre équipe de recouvrement, The Paybacks, va vous aider …. Enfin si vous survivez. 
The Paybacks #1-4 

Scénario de Donny Cates & Eliot Rahal Dessin de Geoff Shaw Couleurs de Lauren Affe 
…. Pas de pages didactiques, la découverte de la minis-série The Paybacks se fait « sur le tas », au travers des différentes et nombreuses péripéties qui rythment l’histoire. 
Si certains personnages ne manqueront pas d’évoquer telle ou telle super-héros ayant marqué la déjà longue histoire du genre, il n’est pas vraiment question ici de pastiches tant les protagonistes de The Paybacks affirment assez rapidement leur personnalité propre au-delà des clins d’œil. 
Cela dit, certaines situations bénéficient indéniablement de l’effet pastiche et des clichés liés aux stéréotypes qui les accompagnent. 
Mais loin de parasiter la lecture elle procure un joli sentiment de connivence.
C’est d’ailleurs l’une des réussites de la mini-série, l’équilibre pas toujours évident entre l’humour et le drame, la légèreté et la « violence » ; les quatre numéros sont de ce point de vue une totale réussite, un travail de fildefériste. 

Car si The Paybacks joue sur le ressort humoristique, très rapidement en filigrane, puis de plus en plus clairement il apparaît que les deux scénaristes mettent en place des intrigues où le mystère et le suspense jouent un rôle tout aussi important. 
C’est l’un des aspects qui m’a immédiatement accroché. 
Je sors par ailleurs de quelques lectures de BD où l’idée même de sous-intrigues n’a visiblement pas effleuré les scénaristes qui les ont écrites (sans parler d’une caractérisation minimaliste), et lire une histoire comme The Paybacks, qui joue la carte des sub-plots, avec des personnages fortement caractérisés, capables à eux seuls et individuellement de porter une ou des histoires est très revigorant. 

Autre atout et non des moindres, Geoff Shaw le dessinateur et Lauren Affe la coloriste font des merveilles.
Le design de chaque personnage est très soigné, les scènes d’affrontement qui mettent souvent en scène beaucoup de personnage sont très lisibles. Geoff Shaw pour le dire rapidement, quintessencie le meilleur de Sean Murphy et de Bill Sienkiewicz en une substantifique moelle. 
Lauren Affe quant à elle participe astucieusement au storytelling, ainsi l’utilisation de trames « Benday » (ou l’équivalent numérique pour un tel rendu) pour signifier les flashbacks, et l'utilisation d'une large palette de couleurs, toujours utilisée avec beaucoup d’à propos, et sans jamais obscurcir la lisibilité des planches. 
Le soin de la partie artistique de l’entreprise témoigne de l’implication de chaque intervenant dans le processus narratif pour un résultat très au-dessus d’une bonne partie de la production actuelle.
…. Scénario prometteur et rendu artistique de la plus belle eau n’auront toutefois pas suffit à pérenniser l’aventure, et après quatre excellents numéros The Paybacks s’arrête. 

Pour refaire surface avec la même équipe créative ou presque, mais chez l’éditeur Heavy Metal. OUF !!!

(À suivre …. parce qu'elle le vaut bien)

lundi 26 septembre 2016

ZENITH (Grant Morrison/Steve Yeowell)

ZENITH tome 1 
Scénario : Grant Morrison Dessin : Steve Yeowell Traduction : Laurent Queyssi Lettrage : MOSCOW*EYE 
232 pages dont, des couvertures originales et des recherches de personnages 
Prix : 19 EUR  
Zenith est le fils de deux super-héros contestataires des années 1960. Égoïste et immature, il préfère utiliser ses pouvoirs pour sa propre célébrité que pour combattre le crime. Mais le retour d'un surhomme nazi, Masterman, va le forcer à affronter son héritage et battre le rappel auprès des anciens coéquipiers de ses parents. 

…. En 1990 le scénariste Grant Morrison expliquait à qui voulait l’entendre, via la revue Speakeasy où il écrivait alors une rubrique régulière, que quiconque aurait lu le roman de l’écrivain américain Robert Mayer, intitulé Super-Folks (Pour en savoir +), lors de sa sortie en 1977, aurait certainement pu écrire depuis une grande BD, voire trois grandes bandes dessinées. 
Sans oublier de mentionner une citation de Nietzsche, qui se trouve en exergue dudit roman, une épigraphe qui se retrouve aussi dans l’édition étasunienne de Marvelman (alias Miracleman) d’Alan Moore (mais ironiquement absente des pages de Warrior l’hebdomadaire où a paru à l’origine la reprise de Moore). 
Il n’en fallait pas plus pour que certains commentateurs y voient une attaque à l’encontre du scénariste de Northampton

Si je cite cette anecdote ce n’est pas pour attiser une querelle entre les pro-Morrison et les anti-Moore (ou inversement (sic)) mais plutôt pour mettre en relief mon point de vue sur la question de la création, ou de l’invention, dans le domaine de l’imagination. 

Si on veut bien croire qu’effectivement Alan Moore a lu Super-Folks, et qu’il a d’une manière ou d’une autre, fertilisé son potentiel créatif, force est de constater qu’il n’est surement pas de le seul à l’avoir lu entre 1977 et disons 1982 (date à laquelle le scénariste réinvente le Marvelman de Mick Anglo). 
Mais il est par contre le seul (à ma connaissance) à avoir écrit Marvelman, Watchmen et Superman: Whatever Happened to the Man of Tomorrow ?, dont l’inspiration viendrait directement du roman de Mayer. 
Du moins, si on lit entre les lignes l’article du scénariste écossais. 

Pour le dire autrement, imaginer c’est pour moi, associer des expériences mémorisées communes, mais de façon originale ; ce qu’on ne peut denier à aucune des BD écrites par Alan Moore que j’ai citées. 
Originales elles le sont, et en plus, elles se démarquent franchement de Super-Folks

Et Morrison n’a pas fait autre chose avec Zenith, en s’inspirant de ce que d’autres avaient fait avant lui.
…. Récupérant le genius loci de la Maison des idées (Maximan avatar explicite de Captain America notamment, et quelques « effets de réel » qui ont fait le succès de la Marvel dès les années 1960) qu’il acclimate au ton de l’hebdomadaire britannique qui accueille son personnage – 2000 AD (Pour en savoir +) – ton qui sera aussi celui de certaines des œuvres américaines les plus marquantes de la décennie, Grant Morrison donne pourtant naissance à une série tout à fait originale. 
Appréciation qu’il faut bien évidemment remettre dans le contexte des années où elle parait. 

Dans son ouvrage Supergods Morrison décrit Zenith comme un 45 tour des années 1980 – « stupide, sexy, et jetable », Alan Moore remixé par Stock Aitken Waterman précise-t-il. 
Coïncidence, il n’hésite pas non plus à introduire dans Zenith quelques Yog-Sothotheries de bon aloi, comme Moore l’avait fait dans Watchmen avant lui. 

Mais le code créatif de Zenith si je puis dire, ne serait pas complet (le sera-t-il jamais ?) si j’oubliais de citer une autre influence majeure, et pour cause son créateur a participé aux designs du personnage de Morrison, et aurait dû dessiner la série : Brendan McCarthy. 

…. Lors de la compilation de la série par l’éditeur Titans Comics (cinq recueils entre 1988 et 1990), que je n’ai pas lu mais dans laquelle a paru une version du personnage envisagé par Morrison et que j’ai retrouvé sur la Toile, il est patent que le résultat que nous connaissons a subi entre-temps l’influence de McCarthy.
Morrison/McCarthy/Yeowell
Lequel dans des propos qu’on lui prête, et qu’on peut lire sur la Toile, n’hésite pas à dire que Zenith s’inspire aussi de l’une de ses propres créations – Paradax! (Pour en savoir +) - en tant qu’elle mettait en scène dès 1984, dans les pages de Strange Days (une revue de l’éditeur américain Eclipse Comics), un jeune homme doté de super-pouvoirs plus préoccupé par sa propre personne et l’acquisition d’une renommée monnayable, que de « sauver le monde ». 
Une caractérisation rare à l’époque chez un super-héros, et que l’on retrouve tel quel chez Zenith quelques années plus tard. 

Mais me direz-vous (peut-être), le Peter Parker de Steve Ditko & Stan Lee en 1962 était lui aussi un jeune homme avide de monnayer ses super-talents. 
Certes, mais chez Parker ces traits de caractère disparaîtront en quelques pages pour faire place aux (grandes) responsabilités qui incombent aux (grands) pouvoirs dont il dispose là où, Paradax et Zenith, resteront des jeunes gens égocentriques et insouciants, sinon de leur valeur marchande. 
Et puis chez Parker, contrairement à Paradax! ou Zenith, la question du sexe et de l'alcool est absente.
Rob Williams saura se souvenir de Zenith dans sa propre série
Toutefois la série Zenith se démarque sans problème de son modèle ou supposé tel, en tant que Morrison n’élude pas le folklore super-héroïque, à l’inverse de Brendan McCarthy.
Et c’est ce qui fait aussi l’originalité de la série.

En effet, Grant Morrison promène tout au long de ce premier tome traduit par Laurent Queyssi, un pur corps d’égoïsme et de vanité dans un environnement où l’espace de jeu s’ouvre à un contrat et une esthétique de type super-héroïque. 
Ce qui n'est pas un hasard puisque Morrison ne recycle pas seulement avec brio les idées des autres, il recycle aussi les siennes. Ainsi de Fantastic Adventure, un projet de 1985 proposé à l'éditeur anglais IPC sous la forme d'une revue, dont le sommaire devait contenir trois types de récits consacrés l'un à l'Âge d'or des super-héros, l'autre aux héros de type Marvel, et enfin une histoire d'un super-héros alcoolique qui sort de sa retraite pour un dernier combat ; intitulée justement Zenith

Le trait minimaliste du dessinateur Steve Yeowell, et le noir & blanc ajoute à la singularité de l’ouvrage. 
Sans oublier le rythme de l’histoire influencé par sa publication dans un hebdomadaire où seulement quelques pages étaient réservées à Zenith au milieu d’autres séries. 

…. En conclusion, un premier tome très enlevé, où pointe déjà la plupart des marottes du scénariste, et qui malgré les presque trente années de publication d’une offre pléthorique en la matière, garde toute son originalité. 

Et son intérêt.

dimanche 25 septembre 2016

samedi 24 septembre 2016

Secret Identities (Faerber/Joines/Kyriazis/Riley)


Secret Identities 
Coscénaristes : B. Joines & J. Faerber 
Dessinateur : I. Kyriazis 
Coloristes : C. Kirchoff & R. Riley 
Traducteur : P. Touboul 
Lettreurs : F. Urek & Justine 
Derrière chaque masque se cache un secret... 
The Front Line est une équipe de super-héros chargée de maintenir l’ordre et la justice. Mais son destin bascule le jour où elle intègre une nouvelle recrue : Crosswind.   

ATTENTION, quelques effets de texte de mon commentaire©™ sont susceptibles de révéler des éléments importants de l'histoire aux lecteurs les plus perspicaces !!!!!!
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…. Difficile pour moi d’identifier le moment où a eu lieu une sorte de prise de conscience en ce qui concerne ce qu’on appelle pudiquement (dans le monde réel) les « dommages collatéraux » - lors d’affrontements entre protagonistes et antagonistes - dans la BD d’évasion étasunienne, et plus précisément en ce qui concerne le quadrant de cet univers qui met en scène des super-héros (ou assimilés). 

Toutefois, je ne serais pas étonné d’apprendre que c’est chez l’éditeur Marvel que cela a eu lieu pour la première fois. Et pour tout dire, l’exemple qui me vient immédiatement en tête, est en l’occurrence la mort du capitaine Stacy

Ce qui ne serait d’ailleurs guère étonnant, tant Marvel a eu quelques fulgurances intuitives géniales en intégrant le zeitgeist des années 1960 à ses histoires, pour donner naissance à des héros à problèmes et des équipes dysfonctionnelles qui ont fait le succès de l’éditeur. 
Une petite (r)évolution dont nous savourons encore les fruits. 

Et Jay Faerber fait partie de ces scénaristes qui utilisent comme personne le genius loci de la Maison des Idées, celui qui l’animait justement durant les années 1960.
…. Il va sans dire que la vengeance est un ressort dramatique qui articule depuis longtemps le divertissement de masse (pour ne parler que de ce domaine), et cela dès la préhistoire du genre dont il est question ici.
En effet, je suis de ceux qui pensent que le film Naissance d’une Nation de D.W. Griffith est une des pierres angulaires qui donnera naissance aux super-héros, en inscrivant dans l’imaginaire collectif américain, l’un de ses schémas actanciels les plus prisés ; à savoir la vengeance mais aussi : l'identité secrète.

Mais la vengeance n’est pas qu’un algorithme destiné à engendrer des justiciers, des super-héros, ou encore des dieux qui arpenteront les coursives de la culture populaire afin de rendre gorge aux vilains de tout poil. Elle est aussi capable de produire ces derniers.

…. C’est donc nanti de ces ingrédients de base, non comme point de départ mais comme horizon, que Jay Faerber, associé à Brian Joines pour l’occasion, s’attaque à la rédaction du scénario des sept numéros de Secret Identities publiés en son temps par Image Comics et aujourd’hui, de ce côté-ci de l’Atlantique, par Glénat Comics.

Hommes de leur temps, les deux compères n’oublient pas d’injecter dans leur équipe de super-héros au nom programmatique – Front Line - quelques éléments nouveaux comme : un meilleur équilibre homme/femme, un leadership féminin, des membres de ce qu’on appelle aux U.S.A. les « minorités » à des postes clefs (aussi bien chez les encapés que dans la société civile), bref un genius loci marvelien certes, mais « 2.0 » (si je puis dire).
Même Alan Moore ne peut échapper à la Front Line
…. Dessinée de main de maître par Ilias Kyriasiz et colorisée tout aussi talentueusement par Charlie Kirchoff & Ron Riley la mini-série tient toutes les promesses qu’un lecteur (même aguerri) est en droit d’attendre d’elle : force de frappe spectaculaire, humour, talon d’Achille et blessure secrète, rebondissements et coup de Jarnac, bref toute la panoplie disponible aux rayons du prêt-à-rêver du divertissement de masse (certes mais de qualité). 
Et n’en déplaise aux plus blasés, Secret Identities contient un certain niveau sinon d’originalité, du moins d’exotisme, dans la manière de cuisiner des recettes dramatiques tombées depuis longtemps dans le domaine public de l’imaginaire collectif. 

Si la fin m’a parue toute à fait satisfaisante (et elle l'est croyez-moi), il n’en demeure pas moins qu’un sentiment de gaspillage persiste une fois l'histoire terminée, tant les auteurs semblent n’avoir fait qu’ébaucher les idées qu’ils avaient en tête (ce que confirme par ailleurs un petit texte des scénaristes dans le dernier numéro publié par Image Comics au pays de l'Oncle Sam). 

Et c’est bien dommage, vu le potentiel entraperçu !

vendredi 23 septembre 2016

Le Maître des crocodiles (Pendanx & Piatzszek)

…. Quelquefois comme chacun sait, le hasard fait bien les choses.
Intrigué par le titre de cette BD et par sa couverture je l’ai empruntée sans bien entendu savoir à quoi m’attendre.

…. Une équipe réduite de documentaristes arrive l'archipel de Banyak sur la côte ouest de Sumatra et si les premiers contacts avec les autochtones ne se passent pas idéalement, finalement ça s’arrange plutôt bien.

Le maître des crocodiles est une histoire qui m’a bluffé deux fois. 
Ce que j’avais pris pour un scénario sur un groupe d’écologistes avec un arrière-plan géopolitique en butte à une population retranchée sur ses us et coutumes tourne assez rapidement – sans que les deux points évoqués soient négligés cela dit – en une version indonésienne si je puis dire, d’un blockbuster bien connu. 
D’autant plus qu’on s’accorde à dire qu’il est le premier du genre.
Et cette version indonésienne et dessinée ou plutôt peinte, est magnifiquement traitée par Jean-Denis Pendanx. La tension du deuxième acte de l’histoire pour ainsi dire est comme on dit palpable. Entendu que le premier acte raconte l’arrivée de Léonard Sougal le cinéaste documentariste, sa femme Isabelle et de Bernard le cameraman, un ancien de l’équipe Cousteau. 
Si l’album s’était terminé à la fin de ce deuxième acte, l’histoire aurait été déjà une belle réussite dans le sens où elle pose des problèmes préoccupants qui méritent notre attention et qu’elle offre aussi du très grand spectacle. 
Mais non, un troisième et dernier acte, et non des moindres où le titre prendra d’ailleurs toute sa signification, remettra en jeu ce qu’on croyait savoir. 

La rencontre entre les européens très sûrs d’eux face à des gens qui vivent au plus près de la nature sous la coupe d’une tradition ancienne est déjà un tour de force, en tant qu'elle montre avec beaucoup d'acuité que même en vivant au plus prés de la nature, survivre entraîne des compromis. 
Chacun des protagonistes principaux acquière une vraie présence, il y a une lente mais indéniable montée en tension, et si le discours des uns et des autres est déjà connu il n’est jamais ennuyeux grâce au talent de dialoguiste de Stéphane Piatzsek et à la mise en récit de Jean-Denis Pendanx. 
C’est bien simple durant ma lecture, et cette sensation ne me quittera plus, j’étais sur place avec les personnages de l'histoire. Finalement un statu quo idyllique et assez romantique s’installe préparant vous l’avez deviné un coup de théâtre fort bien orchestré et artistiquement très impressionnant. 
J’avais beau m’attendre à quelque chose, la surprise a été saisissante !
Le dernier acte est plus sous une tension certes soutenue mais de faible amplitude je dirais, avec toutefois de très beaux moments. 
L’épilogue qui suit une succession d’électrochocs salutaires, et qui m’a surpris, fonctionne d’autant mieux que, comme dans un bon whodunit (kilafé), tous les éléments sont présents tout au long du récit pour qu’on en vienne aux mêmes conclusions que les personnages. 
Mais, mené par le talent du scénariste Stéphane Piatzsek et du dessinateur Jean-Denis Pendanx je n’y ai vu que du feu.
Et c’est tant mieux.

jeudi 22 septembre 2016

Copperhead T.01 (Jay Faerber/Scott Godlewski)

COPPERHEAD tome 1 
Bienvenue à Copperhead, un trou perdu situé sur une planète isolée de tout. Clara Bronson, mère célibataire, se prépare à vivre son premier jour en tant que shérif de la ville.  
Contient : Copperhead volume 1 (#1-5) 
Scénario : Jay Faerber 
Dessin : Scott Godlewski 
Couleurs : Ron Riley 
Traduction : Benjamin Rivière 
Lettrage : Moscow * Eye 
Collection : Urban Indies, 128 pages
…. Le scénariste Jay Faerber le déclare sans ambages dans la préface qu’il consacre au premier tome de sa série : Copperhead est un western. 
Un peu comme Ghost of Mars, à propos duquel John Carpenter son réalisateur déclarait : « Ghosts of Mars se réfère surtout au western hollywoodien », ou encore Outland de Peter Hyams, cousin jovien du Train sifflera trois fois.
Comme les deux films cités, il a cependant la particularité de se dérouler sur une autre planète que la notre.

 …. Nouvellement embauchée par la ville de Copperhead en qualité de shérif, Clare Bronson va devoir faire ses preuves rapidement en résolvant un whodunit (kilafé) tout ce qu’il y de plus traditionnel. 
Si ce n’est bien sûr que les victimes, le ou les coupables, non rien de commun avec ce que nous connaissons. Dépaysement garanti ! 

Les cinq numéros qui composent ce recueil publié par Urban Comics – traduction de Benjamin Rivière et lettrage de Moscow * Eye – donne un bel aperçu du talent de Jay Faerber (les séries Noble Causes et Dynamo5 notamment) qui réussit à présenter la ville de Copperhead, les principaux protagonistes de l’intrigue principale, quelques personnages « secondaires » qui prendront, soyons-en sûrs, de l’importance ultérieurement ; tout cela d’une manière fluide et élégante.
La mise en récit séquentielle de Scott Godlewski, assisté de Ron Riley à la colorisation, donne l’impédance qui convient grâce à un découpage alerte et surtout très varié ; mais toujours adapté à l’atmosphère du scénario. 
Ecrit pour un rythme mensuel (publié à l’origine chez l’éditeur étasunien Image Comics), chaque numéro se termine un point d’intensité maximale qui en fait un page-turner très efficace. 
Si Copperhead est une série résolument tournée vers l’action trépidante baignée par une atmosphère mortifère (toutes choses égales par ailleurs), Jay Faerber n’en oublie pas pour autant d’amener quelques situations plus légères où l’humour prime. 

Copperhead donne aussi à voir un très beau travail sur les onomatopées, dont on devine qu’elles ont fait l’objet d’une attention particulière. Et ce travail n’a pas été fait en vain, tant elles ajoutent à l’ambiance des différentes situations une identité sonore qui augmente encore l’immersion du lecteur, et leur intensité propre.
…. En conclusion Copperhead est un très bon premier tome pour ceux qui aiment le son perforant des coups de feu, et l’odeur de la fumée qui annonce invariablement la conclusion satisfaisante d’une poursuite problématique ; emmenés sur un rythme de montagnes russes (cela va sans dire). 

Qui plus est, vendu au prix de lancement de 10 € ! Décollage réussi ai-je envie de dire, et selon l’expression consacrée : vivement le tome 2 !